Jean-Jacques Goldman a le sentiment de ne plus reconnaître le monde qui l’entoure. Figure emblématique de la chanson française et réputé pour sa discrétion extrême, il a récemment laissé transparaître un profond malaise face à l’époque post-Covid. Des paroles rares, presque exceptionnelles, venant d’un artiste qui s’exprime si peu.
« Le monde ne tourne plus rond. » Cette phrase, simple et sans détour, prend une résonance particulière dans la bouche de Goldman. Lui qui choisit toujours ses mots avec soin, qui fuit les interviews et se tient à l’écart des médias depuis plus de vingt ans. Lorsqu’il parle, son message ne passe pas inaperçu — et cette fois, il traduit une inquiétude palpable.
La période qui a suivi la pandémie l’a profondément déstabilisé. Installé en Angleterre, loin de l’agitation médiatique, il observe une société qu’il peine désormais à comprendre. Les tensions sociales grandissantes, la radicalisation des opinions, la violence omniprésente sur les réseaux sociaux, ou encore la disparition progressive des repères collectifs : autant de signes, selon lui, d’un monde qui se fragilise.
Pour cet artiste qui a toujours mis en avant les valeurs de solidarité, de partage et de vivre-ensemble, le constat est particulièrement amer. Celui qui a écrit pour les Enfoirés et porté des messages de générosité à travers ses chansons ne retrouve plus, dans l’après-Covid, les idéaux qu’il défendait.
Au-delà de son ressenti personnel, ce malaise semble refléter quelque chose de plus large. Si même Goldman — connu pour son optimisme discret et sa foi en l’humain — en vient à douter de son époque, c’est peut-être le signe d’un changement profond. La pandémie n’a pas seulement causé des pertes humaines ; elle a aussi ébranlé quelque chose de plus intangible, de plus fragile. Et depuis son retrait en Angleterre, il en perçoit les effets avec une acuité particulière.